Abandon de vivre

Il fut un jour où le désespoir me submergea. Le dégout de vivre cette vie si absurde en un sens m’engloutit.
N’avez-vous jamais ressenti cette impression d’impossible ? D’inutilité ? Si futile et angoissante à la fois. Face à ce monde insensé et manipulateur. Face à cette souffrance si proche et impersonnelle à la fois. Ou tellement personnelle peut-être.
Je me plaisais à répéter ‘carpe diem’. ‘Cueilles le jour’. Horace, épicuriste de sa pensée, nous le conseillait dans l’une de ses odes.
Cueillir le jour comme l’on cueille un fruit. Une fleur. Profite de ce que le jour t’offre de meilleur. Un bon fruit se déguste. Déguste donc ta journée comme elle le mérite. Sans penser à après. Elle en perdrait sa saveur.
Mais auparavant, fais ce qu’il faut pour. Le fruit n’arrive pas seul dans la main du cueilleur. Il lui faut faire l’effort d’aller le chercher. De même, la vie ne t’apporte rien si tu ne l’aides pas. Si tu ne t’en satisfais pas non plus d’ailleurs. Il n’est pas nécessaire qu’une fleur ait poussé sous le regard avare d’un fleuriste de renom pour qu’elle soit appréciée. C’est souvent bien le contraire. Personnellement, je préfère nettement recevoir un bouquet de pissenlits de mon filleul adoré qu’un bouquet hors de prix d’un inconnu imbu de lui-même.
‘Carpe diem’…
Il fut un temps où cette phrase perdit son sens dans mon esprit. Elle s’effaça. S’effilocha. S’estompa. Lentement. Pour réapparaître ensuite grandie.
Cela dura à peu près un an. Imperceptiblement au début. Laissant sournoisement place au dégout. A la révolte impuissante. A la résignation. Et à l’abandon.
J’observais ce monde qui m’entourait. Si désolant et égoïste. Cette société de consommation si affligeante qui est la nôtre. Qui me fait vivre. Me nourrit. Et m’enchaîne lentement. Me noie. M’étouffe.
Je vois cette enfant à la télé qui meure de faim. Et qui rit pourtant. Exemple banal mais si parlant pourtant. Qui parmi nous rirait à sa place ? Accepterait cette condition tout simplement ? Ils sont si rares ces gens-là. J’avoue sans honte, bien que peu fière pourtant, que je n’en fais pas partie.
Mon dégout de la vie en est arrivé à un point tel que même le fait d’apprendre et de dessiner me laissait de marbre. C’est pourtant ce qui donnait et ce qui donne à nouveau tout son sens à ma vie. Ca et certaines personnes de ma famille.
S’en est devenu un fardeau. Ou plutôt, c'est cette simulation d’intérêt face aux autres qui m'était devenue pénible.
Et une nuit, j’ai abandonné. Lâchement. Les médicaments m’ont apaisée. Mon découragement, mon dégoût s’est échappé de mon corps comme mon sang qui s’écoulait de mes veines. Je me sentis soulagée. Sereine. C’était grisant. Et s’en est effrayant. J’ai aimé sentir la mort engourdir mes membres. Mon corps. Mon esprit. Je m’endormais et j’étais presque triste à l’idée de perdre cette sensation.
Maintenant,après un séjour d'un mois à l'hopital et une remise en question de moi même et du reste, j’ai repris du poil de la bête. Cette expression que j’aimais répéter a repris sa place dans mon vocabulaire. Je ne crois toujours pas que la vie a un sens. Mais je profite de ce qu’elle m’offre tant que je vis. Comme avant en fait. Ce qui a surtout changé, c’est que j’ai accepté l’absurdité de ce qui m’entoure et que j’essaie de m’en accommoder comme je peux.
(auto-biographie de moi-même^^)
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 09/03/2008